samedi, octobre 09, 2010

Jackie-L'espace Go




En revenant du théâtre, lorsque j'ai particulièrement aimé la pièce, je me rejoue celle-ci le plus possible, l'analysant rapidement afin d'en conserver les fragments, afin de mettre des mots sur les impressions que je viens de vivre afin de la garder intacte et vivante car je sais que c'est par des mots justes et précis que celle-ci restera.

Je sais que c'est en nommant les émotions, en soulignant chaque particularité de la mise en scène, en surlignant déjà tout ceci lors de son déroulement, que je serai à même de faire surgir des entrailles des ténèbres de ma mémoire l'objet théâtral qui, depuis fort longtemps a cessé de prendre forme dans l'arène, l'espace libre comme le dirait Brooks. Je peux ainsi revisiter, rejouer et revivre l'instant chaque fois que je le désire juste en énonçant mon analyse.

Il me faut des mots surgissant et envahissant l'espace pour, investissant l'expérience quitte à la trahir, pour que la pièce ne meure jamais. C'est ainsi que nous pouvons avoir accès à nouveau au furtif, à l'oeuvre temporelle et fuyante qu'est le théâtre.

Il y a le privilège également d'avoir accès à cette brèche. La personne qui va au théâtre devient responsable de la mémoire de l'oeuvre présentée. Elle devra témoigner par la suite. Ce n'est pas comme un film que tout un chacun peu revoir et partager avec l'autre à n'importe quel moment dans le temps que ce soit présentement ou par la suite. Un film comme Autant en emporte le vent nous est aussi accessible en ce moment qu'à l'époque de sa sortie. Le théâtre lui au contraire, ne nous est offert que quelque l'espace de quelques représentation. Le spectateur se retrouve en situation de devoir face à elle. Il devra la conserver intacte et la partager pour la garder vivante un peu comme dans Fahrenheit 451 où les hommes-livres lisent chacun un ouvrage qu'ils devront apprendre par coeur avant de le brûler. Un livre appris par coeur est un livre qui ne peut mourir. Le livre lui, est mortel. Mais il ne pourra mourir tant et aussi longtemps que l'on se le partage, que l'on en récite les mots, tant et aussi longtemps que l'on déroule les rubans de phrases. Le théâtre, pour accéder à la postérité, se doit d'être évoquer sans cesse. Mais la mémoire étant ce qu'elle est, il me faut marquer, mettre en mot, rejouer ce que je viens de voir aussitôt que je quitte la pièce (jeux de mots ici). La sable s'écoule de plus en plus au fur et à mesure que le temps bat sa mesure. Comme si plus on s'éloigne du théâtre (physique, l'établissement) plus le sable se met à couler vite. Le temps s'accélère, la perte est inévitable.

Et nous de revisiter l'oeuvre dix ans plus qu'en ces quelques mots stupides et vains: Les comédiens étaient excellents, le décor magnifique, la mise en scène de Marleau dépouillée...

Ni plus ni moins. Davantage moins que plus.

Rideau.

On ne se souviens de rien de plus que ces quelques impressions qui sont au finales, extérieures à l'expérience elle-même. Des entendus si souvent et interchangeables pour décrire ce qui, l'espace d'un instant fut unique, et impalpable.

J'ai vraiment passé une belle soirée ! remplace dans notre mémoire l'événement lui-même. Jackie va maintenant prendre sa place dans les archives des centaines de pièces que j'ai vues par ces quelques mots brefs sur l'étagère Ubu, Denis Marleau, Sylvie Léonard, Espace Go, 8 octobre 2010 avec quelques mots: excellent, puissant, juste, texte magnifique et intelligent, costume splendides, décor dans le ton de......

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