dimanche, avril 24, 2011

Pawnshop-première version du texte-2003

Le pawnshop


De c’temps-là, ça va mal en ostie à shop.

De c’temps-là, y a pas mal plus de downs que d’up.

De c’temps-là, j’passe pas mal de temps aux pawnshop

De c’temps-là, ma vie a pris une calice de drop.

*

Hey l’gros ! t’aurais pas une couple de piastres pour manger ?

Chus dans marde jusqu’au coup chus même pas capable payer l’ loyer.

I’m reste pu une calice de cenne jusqu’à fin du mois.

Tu sais comme moé su l’chômge tu vas pas chier loin a’ec ça .

J'arrive du pawnshop … chus toute allé vendre.

Pour l’moment faut qu’j’survive en attendant qu’le chèque rentre,

Faut que j’boève d’la bière , que j’sorte un peu pis que ’j’m’alimente,

Que j’fume une couple de puff de weed pour arriver à m’détendre.

J’doé d’l’argent à mon meilleur chum mais ça va attendre.

Si j’ralonge ça d’deux semaines j’pense qu’y va comprendre.

À l’heure où on s’parle, j’y doit déjà à peu près 430.

J’sais pu combien d’raisons que j’y invente pour pas y rendre.

Chus écoeuré d’faire le mort d’me chèkcer quand j’sors

Parce ch’t’recherché partout par tout l’monde partout d’tou’és bords.

J’doé même une couple de mils au clan Théodore.

J’pense que ch’ta veille d’crisser mon camp m’parde dans l’nord.

*

J’vis dans un engrenage entre deux chèques de chômage.

J’voyage a’ec mon stock jusqu’aux aux prêts sur gage.

J’échange mes disques à l’Échange en échange d’une poigné d’change

En attendant qu’la chance fasse qu’mon existence change.

Ca fait une couple d'années que j'paye pu d'impôts.

Pis j’m’en calice comme dans l’an 40 tournons pas autour du pot.

J’payerai quand ça va m’tenter. Pas d’ostie d’ostination.

Comme dans toune du même nom, j’pratique la procrastination.

C’est rendu qu’j’ouvre même pu les enveloppes de comptes

Parce ca m'fait trop badtripper quand j’me met à faire l’décompte

De tout mes bills…. J'va déclarer faillite,

Le gros passe moé donc dix piastres pour j’aille m’acheter une bite..

C’est sûr qu’j’va penser à toé en premier quand va arriver l’premier.

C’promis j’te donne ma montre en garantis . juré craché.

Shit !si t’étais dans marde toé itou j’ferais ‘a même chose pour toé.

Crisse j’ai tu une face de crasseur tant qu’ça dis-moé lé !

*

Pour l'moment d'astheure … chus en bas d’la pente.

J’paranoie tellement, quand qu’ça sonne à porte , j’thcècke par la fente.

J’m’attend qu’les shylocks dans pas long fassent une descendre.

Que l’propriétaire défonce mon appartement pis qu’y rentre.

La menace de m’faire couper l’hydro à tou’és jours augmente.

J’sais pu ça fait combiens d’chèques en blanc qui r’boudissent à banque ?

Les huissiers peuvent ben venir m’saisir y a plus rien à prendre

J'voudrais juste qui ai quelqu'un qui m'aide un peu pour m'reprendre.

Mais ça m’permet d’faire d’la philosophie d’être mal pris.

À force d’être dans marde y a une couple d’affaires qu’j’ai compris.

Qu’ ben des fois, c’qui a pu t’tenir à cœur une journée,

Vaut plus grand chose quand vient l’temps survivre pis d’manger,

Qu’le prix d’un disque compact vaut moins qu’du Diner kraft,

Qu’la valeur d’un vidéo est équivalente à deux trois draft,

Qu’ta collection d'tintin peut t’faire payer tes bills

Pis t'empêcher de t'mettre à quêter dans l’centre-ville,

Qu’vendre ton set de chambre peut t’servir à pas coucher dans rue,

Pas à pas faire du squeege sur des winshields de Ford pis d’Subaru,

Pis que dans une bibliothèque, Dostoïevsky pis André Gide

Sont pas ben ben en mesure d’rivaliser a’ec un ventre vide.

*

Séba


Juillet 2003

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